Gerda Taro, photographe révolutionnaire

Gerta Pohorylle à 17 ans.

Gerta Pohorylle à 17 ans

La biographie de Gerda Taro est d’une richesse incroyable : elle est née Gerta Pohorylle le 1er août 1910 à Stuttgart. Ses parents sont des commerçants juifs immigrés de Galicie, région à l’époque sous domination polonaise. Elle reçoit une bonne éducation et fait des études de commerce à Stuttgart (Königin-Charlotte Realschule et Höhere Handelsschule) et en Suisse (villa Florissant). Elle parle ainsi allemand, anglais et français. Les mauvaises affaires de sa famille la font déménager à Leipzig vers 1930. Elle s’implique assez tôt dans les mouvements révolutionnaires qui se développent à cette époque et sera même emprisonnée un temps pour activités communistes.

L’arrivée de Hitler au pouvoir coïncide avec l’intensification des persécutions antisémites. Elle quitte l’Allemagne pour Paris fin 1933, avec son amie Ruth Cerf. En France, la situation économique qui suit la crise de 1929 est désastreuse. Habitant square de Port-Royal, elle survit grâce à des travaux de secrétariat et passe ses moments libres dans les cafés de Montparnasse, comme le Dôme, qui restent ouverts tard la nuit (voir carte interactive).

Gerda Taro

Gerda Taro en 1937

Elle retrouve les groupes révolutionnaires au Café Capoulade, au coin de la rue Soufflot et du boulevard Saint-Michel. Plusieurs membres du S.A.P (parti socialiste allemand) en exil, dont le futur chancelier allemand Willy Brandt, participent à ces réunions passionnées. C’est lors d’une séance photo où pose son amie Ruth Cerf, en septembre 1934, qu’elle fait la connaissance du photographe, le futur Robert Capa, André Friedmann. Ils ont une liaison amoureuse à partie de l’été 1935, lors d’un séjour aux îles de Lérins. Il lui apprend la photo.

Par l’entremise d’André, elle est finalement embauchée comme assistante à l’agence Alliance-Photo fondée par Maria Eisner. C’est elle qui a l’idée de créer le personnage fictif de “Robert Capa”, qu’André Friedmann endossera complètement par la suite. Elle devient son agent et reçoit sa première carte de presse le 4 février 1936.

Femme républicaine

Entrainement de femme républicaine sur la plage de Barcelone (photo de Gerda Taro)

Avec le début de la guerre civile espagnole, Gerta, devenue Gerda Taro, et André Friedmann, Robert Capa, rejoignent les rangs des combattants républicains et des Brigades internationales pour populariser leur lutte. Si Robert Capa parvient à une reconnaissance universelle, Gerda Taro, bien que signant ses photos, sortira difficilement de l’ombre de son compagnon.

Lors des violents combats dans la banlieue de Madrid, elle est écrasée par un char républicain près de Brunete (voir ici ses dernières photos et les vues actuelles du site) et meurt, le lendemain 28 juillet 1937, à l’âge de 27 ans. Son corps est ramené en France par Paul Nizan. Elle est inhumée le jour même de son 27e anniversaire au cimetière du Père-Lachaise le 1er août 1937, en présence de plusieurs milliers de personnes. Sur sa tombe, son éloge funèbre sera prononcé par Pablo Neruda et Louis Aragon.

Son nom tombera dans l’oubli pendant plusieurs décennies, avant que la biographie fouillée d’Imre Schaber, la plume de François Maspero et la découverte de la fameuse valise mexicaine, ne réhabilitent enfin son travail. Alors revient en lumière le visage de cette jeune femme rousse, éruptive, volontaire, attachée à vivre sans entraves, convaincue de se battre pour un monde meilleur et première femme photojournaliste de l’Histoire.

Visites guidées privées ou en groupe sur les traces de Gerda Taro et Robert Capa à Paris. 

Illustrations : © Wikipedia – Wikicommons – DR