Robert Capa, photographe légendaire

Robert Capa pris en photo par Gerda Tao

Robert Capa pris en photo par Gerda Taro

Endre Ernő Friedmann, le futur Robert Capa, est né le 22 octobre 1913 au 3e étage de l’immeuble situé au 10, Városház utca, à Budapest. Son enfance se déroule sans histoire dans une famille relativement aisée de juifs non pratiquants. A 17 ans, impliqué dans les manifestations contre le régime autoritaire d’Horthy, il est obligé de s’exiler. Il part à Berlin pour faire des études de sciences politiques, mais, sans ressources, il doit trouver du travail.

Il entre alors comme assistant à l’agence photo Dephot, tenue par un de ses compatriotes, Simon Gutmann. Il apprend la photo et saisit un jour sa chance en allant photographier clandestinement un meeting de Trotsky, alors en exil et poursuivi par la police de Staline. Le reportage fait sensation, mais il doit quitter l’Allemagne précipitamment, avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933.

Le voilà à Paris où il séjourne dans les hôtels de Montparnasse (voir carte interactive). Il y fait la connaissance d’Henri Cartier-Bresson, David Seymour et André Kertész. Il francise son prénom et devient André Friedmann. En 1934, il rencontre Gerta Pohorylle, lors d’une séance photo où il a pris son amie Ruth Cerf comme modèle. Leur liaison début à l’été 1935. Ensemble, ils vont travailler : lui comme photographe, elle comme assistante, puis comme photographe à part entière.

Il collabore ensuite à l’agence Alliance Photo et s’arrange pour y faire engager sa compagne. La concurrence étant rude et le travail harassant, Gerta a l’idée de créer un personnage fictif, Robert Capa, photographe américain chic et mondain qui vend ses photos avec parcimonie, dont chères. La supercherie fonctionne, semble-t-il, et les clichés de Capa gagnent en notoriété.

Guerre d'Espagne - Milicien

Miliciens républicains pendant la guerre d’Espagne.

Le début de la guerre d’Espagne les envoient tous les deux sur le front, pour les revues communistes Vu et Regards. Gerta se forge elle aussi un pseudonyme, Gerda Taro, qui va peu à peu se faire une place dans les magazines d’information. Robert Capa signe le 23 septembre 1936 un reportage paru dans Vu, comprenant un cliché qui fera le tour du monde, “Mort d’un soldat républicain”, représentant un milicien anarchiste touché mortellement par une balle. Les doutes sur l’authenticité de cette photo (mort véritable ou photo posée) ont fini par se dissiper : de l’avis général, cette image est considérée comme une reconstitution.

Le 24 juillet 1937, alors qu’elle est retournée seule sur le front et que son couple avec Capa est distendu, Gerda Taro meurt écrasée par un char. Organisées par le Parti Communiste Français, les obsèques de la photographe draine une foule immense tout au long du chemin vers le Père Lachaise. Capa est totalement anéanti par la disparition de sa compagne. Il retournera une seule fois en Espagne un an après. Puis il part en Extrême-Orient pour Life couvrir la guerre sino-japonaise. Son reportage fait à nouveau sensation.

Débarquement à Omaha Beach

Débarquement américain à Omaha Beach

La déclaration de guerre avec l’Allemagne le fait fuir aux Etats-Unis, où il rejoint sa mère et son frère. Puis il suit les troupes américaines en Afrique du Nord, en 1942, et en Sicile, en 1943. C’est à cette époque qu’il a une relation avec l’américaine Elaine Justin. Ensuite, il couvre le débarquement des troupes américaines à Omaha Beach, le 6 juin 1944. Comme toujours, il prend des risques insensés (plus de 1 000 soldats seront tués sur cette plage) et survit miraculeusement, alors qu’il n’est armé que de son appareil photo.

Sur la centaine de photos prises lors de ce sanglant épisode, seules 11 photos (“The magnificent eleven”) seront sauvées, après ce que Capa a présenté comme une incroyable bévue du laborantin, qui aurait brûlé les négatifs au séchage. Mais il y a des doutes sur cette version probablement romancée, Capa ayant acquis avec le temps une belle réputation de baratineur. Néanmoins, sa photo du GI dans l’eau fera le tour du monde.

Les enchaînés

Les enchaînés (Notorious – Cary Grant et Ingrid Bergman)

De retour à Paris, il rencontre l’actrice Ingrid Bergman et entame une liaison avec elle qui le conduira comme photographe de plateau à Hollywood, sur le tournage du film d’Hitchcock “Les enchainés”. Mais leur relation ne sera pas durable, malgré une demande en mariage de l’actrice elle-même (comme elle raconte dans ses Mémoires). Soucieux de rétablir l’équilibre avec les éditeurs, il crée l’agence photo Magnum en 1947, David Seymour, Henri Cartier-Bresson, William Vandivert et George Rodger. Cette coopérative permet aux photographes associés de garder l’intégralité de leurs droits photos. La même année, il part avec son ami John Steinbeck faire un reportage en Russie. Il raconte longuement cet épisode et sa version de la prise du cliché « Falling Soldier » dans une interview à WNBC, retrouvée et diffusée depuis peu par l’ICP.

Entre 1948 et 1950, il couvre la naissance de l’Etat d’Israël puis la première guerre israélo-arabe. Le 25 mai 1954, alors qu’il est en reportage pour Life en Indochine aux côtés des troupes françaises, il marche sur une mine anti-personnelle et meurt sur le coup à Tai-Binh, à l’âge de 41 ans.

-> Thierry do Espirito propose des visites guidées privées et en groupe sur les traces de Robert Capa à Montparnasse.

Illustrations : © Wikipedia-Wikicommons